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Toute ma vie j'ai eu peur. Peur de vivre, de mourir ? Non : pas même peur de moi ni de ces nuages que les vivants passent leur vie à redouter. Peut-être la peur est-elle une manière d'attendre, donc d'espoir. Je suis essentiellement un être espérant : j'ai la nostalgie de choses qui ont peut-être eu lieu tout en restant à venir. Cette phrase, j'ai beau tenter de me l'expliquer, il me semble que le langage me dicte une condition particulière, une forme d'existence si étrange qu'elle ne peut avoir lieu qu'en déployant la langue : un récit, donc, qui soit une espèce de salut, et de damnation, aussi, puisque rivé au langage. Je n'ai pas le choix : la nostalgie n'est pas le regret mais l'attente heureuse de ce dont on a perdu la mémoire.Depuis la longue et lente méditation funèbre en l'honneur d'un monde disparu (Ma vie parmi les ombres), à la tragédie réduite à l'épure où les passions se révèlent avec force et cruauté (Le renard dans le nom), Richard Millet n'a cessé, livre après livre, de poser des facettes supplémentaires à sa «comédie humaine» corrézienne. Ce volume, construit sur le modèle des Cent nouvelles nouvelles, où des personnages sont récurrents et d'autres de discrètes ombres, décline toute la gamme des émotions et conjugue envolées musicales et pesanteur terrienne vers une pure jouissance des mots et de la langue. Malgré la transparente référence balzacienne à une «histoire naturelle de la société» cette suite de cent «contes» laisse entrevoir un autoportrait par petites touches...