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La vie est une fête quotidienne. Chaque instant n'a rien à envier au pré-cédent, et l'on devrait toujours se réjouir de l'ordinaire - ordinaire qui estpeut-être l'expérience la plus intense de ce que l'on nomme, avec un peud'emphase, le réel. Quoi de plus beau que ce presque rien, et donc ce tout,à portée de main ? Et quoi de plus merveilleux qu'un jour de semaine ?Ainsi, à la toute fin du mois d'août, un vendredi, j'étais chez moi, unetasse de thé à la main ; je balançais d'un pied sur l'autre tandis que résonnaitdans mon salon ce titre de Burt Bacharach, The Look of love, morceau quia le don de mettre mon coeur en fête, quoi qu'il advienne, agissant sur monorganisme comme une lampée de cognac ou un bon coup de pied auxfesses. Oui, ce vendredi d'août, je serais volontiers resté là, avec ce bon vieuxBurt Bacharach, pour l'éternité et rien d'autre. Mais je n'avais guère le temps, ce jour-là, car je devais me rendre enBourgogne afin de participer à un petit festival qui, m'avait-on dit, se dé-roule chaque année dans les jardins du château de Painblanc, au creux dela vallée de l'Ouche. Il s'agissait tout simplement pour moi de lire en pu-blic quelques pages extraites de mon dernier livre. Cette performance -appelons-la ainsi, par commodité - ne devait pas excéder une vingtainede minutes. Elle s'inscrivait dans un parcours où les gens auraient le loisirde déambuler en pleine nature et d'apprécier littérature, poésie, dansecontemporaine et installations sonores, le tout sous le patronage des éliteslocales.