En un peu plus de dix minutes de musique enregistrée, Meara O'Reilly, compositrice, artiste et concepteur d'instruments, peut communiquer un nombre impressionnant de possibilités créatives. Ce n'est pas une mince affaire dans le monde d'aujourd'hui, obsédé par la rumeur, mais c'est en partie ce qui fait de 'Hockets for Two Voices' un apport aussi inhabituel qu'attrayant au canon hypermoderne de la nouvelle musique.Hocketing fait référence à la pratique consistant à diviser une mélodie en plusieurs parties, souvent de manière très surprenante. Bien que la forme remonte à la musique vocale de l'Europe médiévale, elle se retrouve également dans les pratiques folkloriques autochtones du monde entier. Pour O'Reilly, qui a grandi dans une famille remplie de musique classique, mais qui était attirée par l'étude de la cognition et de la perception musicales, sa quête de hocketing est un prolongement naturel de sa curiosité." Je me sens un peu comme une étrangère à certains égards», admet-elle, «dans le sens où je n'étais pas issu d'un conservatoire. J'étais très imprégné d'expérimentalisme et de musique de bruit au collège. Plus récemment, je me suis retrouvé à traverser dans la direction opposée, où j'apprenais à écrire pour des instruments de l''orchestre. J'aime vraiment la concentration, la discipline et l'attention portées à l'écoute, présentes dans la musique classique, où vous devez répéter minutieusement ces éléments parfaits et magnifiques. Je suis intéressé par la fusion de ces deux perspectives dans mon travail. "'Hockets for Two Voices' se compose de sept mouvements, d'une durée inférieure à deux minutes chacun, mais il a fallu un an pour enregistrer, ce qui exigeait une précision vocale qui poussait O'Reilly à des limites physiques qu'elle n'avait pas encore explorées, et encore moins conçues. Parfois, chaque voix seule peut constituer une séquence décalée de sauts de hauteur et de rythme. La clarté musicale ne vient que lorsqu'elle est combinée avec la part de l'autre voix. Le résultat, appelé pseudo-polyphonie dans la cognition musicale, est la perception qu'il y a plus de voix en jeu que dans la réalité. O'Reilly s'est inspiré d'Albert Bregman, chercheur en psychoacoustique, qui a démontré comment les limites de nos processus de perception et de notre attention façonnent activement nos expériences musicales.Traduire ces idées en réalité musicale nécessitait une nouvelle approche. «Je devais m'entraîner à chanter d'une manière complètement nouvelle pour moi», dit-elle. «À mes débuts, je ne savais même pas si certaines de ces parties étaient possibles pour chanter. Je devais développer la coordination pour faire de tels sauts énormes, précis et pointillistes, avec ma voix. Je devais aussi trouver comment capturer quelque chose d'aussi techniquement difficile. Je ne connaissais pas la musique, alors je l'ai enregistrée voix par voix, par sections, pour obtenir la précision que je souhaitais. »L'écoute de Hockets peut être une expérience en constante évolution. S'inspirant de Brian Eno et de la compositrice psychoacoustique Maryanne Amacher, O'Reilly a cherché à créer un enregistrement capable de fournir des sensations différentes, en fonction de l'environnement d'écoute. «L'image stéréo est un élément clé des compositions elles-mêmes. Elles sont idéalement entendues sur des haut-parleurs avec une distance appropriée entre eux. En fonction de votre position dans la pièce, il est possible d'entendre la fusion des différentes parties très différemment. »Au casque, cette image stéréo des deux voix émet une forte intensité. Les mélodies et les cadences d'O'Reilly sont enracinées dans des formes classiques (son premier amour était Chopin, qui a conduit des années plus tard à une profonde fascination pour le travail multivalent d'Olivier Messiaen), mais elles semblent aussi se transformer à chaque écoute, révélant parfois des nuances que suggèrent une voix synthétisée.
Pays d'Origine : INCONNU
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