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Les grandes fantaisies sur musique d'opéra (telles que celle pour flûte de Morlacchi sur Mosè in Egitto et celle pour basson de Torriani sur Lucia di Lammermoor) constituaient l'essentiel de l'activité éditoriale de Francesco Lucca et de Tito et Giulio Ricordi à Milan. Les mélomanes amateurs, de tous niveaux de maîtrise instrumentale, allaient des amateurs confirmés aux concertistes confirmés. Les fantaisies instrumentales étaient ainsi adaptées aux exigences spécifiques des commanditaires et alimentaient un marché en constante expansion. Lorsque, à la fin du XIXe siècle, les filles de Lucca vendirent les partitions de leur père à la maison d'édition Ricordi, la somme déboursée pour cette acquisition fut considérable pour l'époque : cela témoigne de l'importance qu'avait prise le marché des instrumentistes amateurs. L'histoire de Pietro Morlacchi et d'Antonio Torriani se confond donc avec celle du succès de la musique instrumentale en Italie. Grâce à la qualité et à la vivacité de leur style virtuose, les oeuvres de ces deux compositeurs restent très agréables à écouter en concert. En Italie, les compositeurs qui ont réduit des opéras étaient presque toujours des instrumentistes, et leur minutie et leur savoir-faire musical ne dissociaient pas la maîtrise instrumentale de l'invention de variations virtuoses : autrement dit, composition et virtuosité coexistaient et constituaient l'essence même de ces oeuvres. Dans les catalogues des éditeurs du XIXe siècle, seules les pièces véritablement importantes sur le plan musical ont subsisté : les oeuvres de Morlacchi et de Torriani appartiennent à cette heureuse minorité.