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A la fin des années 70, alors qu’à Londres le punk rapide et furieux explosait, à Leeds les Mekons s’éveillaient tranquillement. Leurs singles Where Were You et Never Been in a Riot (tous deux sortis en 1978) mettaient le mythe du punk hors-la-loi face à la réalité ennuyeuse du quotidien. Au cours de la décennie suivante, pendant que les chanteurs de country revêtaient leurs chapeaux de cow-boy pour mieux envahir les stades, les Mekons célébraient les débuts du genre, bruts au cœur tendre, avec leur album Fear and Whiskey (1985) avant de déconstruire les discours du rock dans Mekons Rock’n’Roll (1989). Pendant plus de quatre décennies le groupe s’est posé comme une contradiction constante, un projet quotidien d’observation, de colère et de compassion joliment décrit dans le film Revenge of the Mekons, qui a - ironiquement - fait grimper en flèche leur cote de popularité aux Etats-Unis. Désormais, la caravane continue son bout de chemin avec Deserted, leur premier album studio en 8 ans.
Et « désert » est un mot pertinent. Cette fois, le groupe met l’accent sur les textures et les sons, un sentiment d’espace qui élargit leur musique. Cela permet d’ouvrir la voie à des chansons déferlantes, enregistrées librement dans le studio du bassiste en Californie, les différents arrangements et effets les amenant aussi loin que possible de l’enregistrement d’Existentialism (2016), durant lequel les huit membres du groupe avaient dû se serrer autour d’un seul micro dans un minuscule théâtre de New York, live devant un public. Deserted offre une nouvelle forme de liberté.
C’est un tout nouveau territoire. Mais cela a toujours été ce qui attirait les Mekons. Ils démontrent ici que quatre décennies ne suffisent pas à transformer un groupe en fantômes à la recherche d’un héritage musical passé. Les Mekons continuent leurs expériences soniques, de la pulsation irrégulière de Into The Sun, jusqu’à l’anarchie à peine contrôlée qu’est Mirage, en passant par l’hommage très country de Andromeda. Tout est possible et tout est permis. 41 ans après leur premier single, ils sont toujours actifs, toujours énervés, toujours rieurs, et surtout toujours prêts à faire tourner le monde à l’envers.