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Profondément inscrite dans mon histoire, il y a - au début - la mort du père. (...) Toute mon enfance est emplie de cette énorme présence de la mort et de son tabou. Il m'a fallu un long travail pour arriver à trouver un soupirail dans lequel me faufiler, pour regarder mon histoire en face. » Dans l'entretien accordé à Feuxcroisés en 2006, Anna Ruchat expliquait les raisons de ses débuts littéraires tardifs, après une longue activité de traductrice d'auteurs marqués par le deuil et la Shoah, tels Victor Klemperer ou Paul Celan. Si les nouvelles de Dans cette vie (In questa vita) tournaient déjà autour du thème de la perte et de l'absence, c'est dans ce nouveau livre, Sortir de l'ombre, (Volo in ombra) que Anna Ruchat ose plonger dans le trou noir autobiographique (antimatière de toute son oeuvre et peut-être de la littérature en soi), par une quête douloureuse.Le livre présente la même histoire sous trois angles différents : dans une première partie, nous suivons l'enfance de Sofia (double narratif de l'auteure), petite fille qui n'a même pas droit à la douleur (« cette douleur est un larcin et Sofia ne veut pas l'éprouver ») ; dans la troisième, Ruchat assume le « je » autobiographique, en relatant l'enquête qui lui a permis de retrouver les détails de la mort du père. Entre ces deux chapitres, le père défunt prend la parole, en racontant les derniers instants tragiques et dilatés de sa vie interrompue en plein vol.