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Pour Jean-Luc Marion, si la peinture pose une question, celle-ci ne s'adresse ni à l'esthéticien, ni au peintre, mais à l'acte de voir qui relève en dernière instance de la " sensation commune ". " Cerner la visibilité " - une ambition très phénoménologique - c'est-à-dire déployer les multiples potentialités contenues dans un tableau. Courbet, en tant que " père " du réalisme européen, concentre en lui toutes les équivoques auxquelles la peinture nous confronte. Son art s'arrête-t-il à ce qu'il nous montre ou nous porte-t-il vers autre chose ? En d'autres mots, s'arrête-t-il à l'image, précurseur en cela de toutes les dérives du siècle qui va suivre, ou nous mène-t-il vers une réalité au-delà de l'image oeNé à Ornans dans le Doubs en 1819, il fait des études à Besançon tout en suivant les cours d'un élève de David. Venu faire son droit à Paris, il fréquente un atelier libre appelé l'Atelier suisse et s'intéresse beaucoup au Louvre, à la peinture espagnole (Ribera, Zurbarán) et hollandaise. Il fera d'ailleurs vers 1846 un voyage en Hollande pour compléter sa connaissance de Rembrandt et de Franz Hals. Après quelques toiles d'inspiration romantique, il se fait connaître au salon de 1844 par l'Autoportrait au chien noir. Il fréquente Baudelaire, dont il peint le portrait en 1848, le socialiste Proudhon et Champfleury, qui est le premier à parler de " réalisme " en peinture. Avec L'Après-dîner à Ornans, en 1849, il devient le centre des conversations. Delacroix le qualifie de " révolutionnaire ". L'Enterrement à Ornans, présenté au salon de 1850, fait scandale par sa crudité macabre. En 1853, Les Baigneuses rompent avec les nus académiques. L'Atelier est refusé à l'exposition de 1855, Courbet l'expose donc avec une quarantaine d'autres toiles dans un baraquement qu'il appelle " le Pavillon du Réalisme ". L'Angleterre et surtout l'Allemagne en 1858 lui font un triomphe. Ses opinions politiques lui font refuser la Légion d'honneur. Du coup, la République le propulse responsable de la protection des arts en 1870 dans le gouvernement de défense nationale. Il s'est rendu célèbre par ses protestations esthétiques véhémentes contre la colonne Vendôme, il doit répondre de son déboulonnage devant les tribunaux de la Troisième République. Il est enfermé en prison, et doit payer en 1877 sur ses biens propres le redressement de ladite colonne. Il se retire en Suisse, où il meurt.