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La marche du XXe siècle a taillé bien des croupières à l'oeuvre très belle et très originale de l'écrivain Jean Malaquais (1908-1998). Le prix Renaudot avait salué Les Javanais ; mais c'était en 1939. On sait la suite. Planète sans visa partait parmi les favoris du Goncourt, mais c'était en 1947, au sortir de la guerre. Pour sa part, le recueil de sept nouvelles qu'est Coups de barre n'a jamais été publié en France ; il est sorti à New York, en 1944. Chronologiquement, Coups de barre se situe donc à mi-chemin entre Les Javanais, le roman du métèque « à la grandeur épique, à la fois bouffonne et tragique », pour reprendre le salut d'André Gide, et Planète sans visa, la fresque de « Marseille-sous-Vichy », dont l'écrivain américain Norman Mailer a loué « la puissance, l'ambition, l'ironie et l'indignation sourde à l'endroit d'une société, la nôtre [...]. Ce livre avait cinquante ans d'avance : il est temps de le lire ! ». Du récit à la tonalité joyeuse qu'est « La montre », dont le personnage central est un adolescent ouvert à toutes les aventures, à « Marianka », dont la sobriété tragique reflète la violence collective de l'histoire, en passant par l'humour à la fois tendre et grinçant du « Marchand de balais » ou de « Garry » ou encore par la folie meurtrière des nouvelles maritimes « Il Piemonte » et « El Valiente », Malaquais trempe sa plume dans la mouvance du réel. Il s'entend à faire voyager son lecteur. Ses personnages sont des nomades par essence, qui ne parlent que de partir, et le dynamisme de son écriture ouvre l'antre des mille langues qui se croisent sur la terre et parviennent, envers et contre tout, à communiquer.