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« La poésie peut-elle encore faire événement ? », s’interroge Mehdi Belhaj Kacem dans l’avant-propos qu’il a rédigé pour présenter le recueil de poèmes de Chiara Merlo. Déplorant que la poésie soit, en France comme en Italie, délaissée depuis des décennies au profit de l’hégémonique roman, Mehdi Belhaj Kacem affirme dans le même temps l’importance que peut recouvrir un poème. « Personne ou presque ne lisait Hölderlin ou Rimbaud de leur vivant. Cela n’a pas empêché, à long terme, leurs effets d’excéder en puissance et en ampleur ceux de Goethe ou de Hugo de leurs vivants (…). Aucun vrai poème ne reste jamais sans effet. » La poésie de Chiara Merlo est nouvelle par sa forme : « une scansion inédite du vers, des torsions inusitées du phrasé », mais aussi en ce qu’elle rompt avec la poésie romantique, qui a longtemps prévalu. Si, de prime abord, l’aspect des poèmes est sombre, désespéré, ils ne font pourtant pas l’éloge de la nuit, cette « facilité de l’auto-destruction », et trouvent leur vérité existentielle, déploient leur érotisme, celui d'une béance à la fois ordinaire et originaire, à l’image de celle qui sépare Adam d'Eve, dans la lumière. Ici, le vrai danger se révèle lorsqu'on prend le risque de la lumière, dans l'oxymore de l'éblouissement. La lumière qui ne cache rien tombe sur le monde, fatale et définitive, telle un coup de grâce.