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Un jour de novembre 1907, un jeune homme à la politesse redondante et cérémonieuse écrit à Schnitzler pour lui présenter un recueil de nouvelles de facture impressionniste intitulé «L'Amour d'Erika Ewald» et édité quelques années plus tôt. Il a 26 ans et n'a guère publié que des traductions et des recueils de poèmes. Son nom : Stefan Zweig. Schnitzler, lui, a 45 ans et il est au sommet de son art. Entre les deux hommes s'instaure un rapport de maître à élève, que Zweig n'a de cesse de souligner avec une dévotion appuyée. La correspondance est interrompue par la mort de Schnitzler, le 21 octobre 1931. Zweig reprend alors la rédaction de son journal abandonnée depuis plusieurs années : « la mort des êtres me touche peu quand elle n'a pas de conséquence tragique pour la famille et quand leur oeuvre est achevée - celui-ci était, comme dit Job, "las et rassasié de la vie". Pourtant des souvenirs s'y rattachaient, de la gratitude et puis de la vénération pour un homme qui savait si admirablement garder la mesure - bien plus que moi, mais peut- être aussi parce qu'il ne livrait pas beaucoup de lui- même, qu'il n'osait pas beaucoup se montrer et qu'il se concentrait davantage sur lui- même et en lui- même. Mais quelle noble figure ! Je sais que depuis le début il avait une affection certaine pour moi - il était déjà trop âgé pour une amitié active, mais il m'a donné tout ce qu'alors il pouvait et voulait donner aux plus jeunes que lui.»