Ninar, trente-trois ans, artiste-plasticienne interroge son père le grand poète syriano-libanaisAdonis (alias Ali Esber), au cours de dix entretiens très libres, enregistrés (audio et vidéo) durantl'année 2004, sur sa formation, son rapport à l'Islam, à la poésie, à sa Syrie natale et au Liban, oùils ont vécu jusqu'à la guerre, sur les femmes, sur le voile, sur les monothéismes. Cetteconversation, équilibrée et peu littéraire, est plutôt orientée vers la société, la politiqueinternationale, les croyances religieuses, l'identité (orientale et occidentale), les préjugés. Laïque,Adonis est très hostile à toute forme d'embrigadement religieux, et de manière générale à toutfanatisme. Il ne croit pas en Dieu, mais ne croit surtout pas à la fonction spirituelle de la religion. Ila, dans d'autres entretiens et textes théoriques, exprimé ses positions quant à la culture arabe et àla poésie, qui, selon lui, est l'ennemie même de la religion. Il parle ici, extrêmement bien, de lalangue arabe et de la fonction de la littérature dans les cultures arabes. Il parle avec liberté desexualité, de désir, de mariage (il y est farouchement opposé), de fidélité, d'amitié, de sensualité.Ç'est un esprit d'une très grande liberté. Cet entretien est entièrement conduit par Ninar, jeunefemme provocante et libre elle-même, qui est très critique par rapport à la façon dont les femmessont considérées dans les pays musulmans. Il y a un fort contraste entre les façons de s'exprimerdu père et de la fille, quoique tous deux soient très singuliers et affranchis. Ils parlent ensembleétonnamment de l'inceste et de la filiation. Il y a dans ce projet un pari assez bien tenu, qui est dene pas parler de l'oeuvre poétique d'Adonis (sauf de sa langue et de son rapport à la poésie préislamique),mais de s'en tenir à la fonction socialement critique de la littérature poétique (parrapport aux conventions familiales ou morales, et par rapport à toute forme d'institution).
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