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La figure pleine, hirsute, de Christian Bérard (1902-1949) incarne une certaine bohème dorée sur tranche, propre à l'entre-deux-guerres. Peintre, illustrateur, créateur de costumes, Bérard resta avant tout comme le génial décorateur de Cocteau (La Belle et la bête), ou de Giraudoux (La Folle de Chaillot). Ami et collaborateur de Serge Lifar, Louis Jouvet ou Jean-Louis Barrault, il s'imposa parmi les maîtres de la scène. Il fut aussi le prince sulfureux des nuits parisiennes, ses frasques spectaculaires augurant de longues périodes de repentances solitaires auxquelles succédèrent bientôt les séjours en clinique. L'indulgence amusée de Chanel l'autorisait à toutes les excentricités. Sa vie de clochard magnifique, il la partagea avec Boris Kochno, ancien amant de Diaghilev dont il avait pris la succession à la tête des Ballets russes. Le récit que laisse Kochno de ces années ne ressuscite pas seulement Bérard et son génie insolent, mais aussi une éblouissante société dont l'humiliation de la défaite et de l'Occupation ne parvint même pas à ternir l'éclat.