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« Dire la précarité de la vie et l'émerveillement qu'elle procure n'est pas une mince tâche, mais il est des créateurs qui font oublier leur labeur, tant ils épousent toute existence dans l'instant et le vivant dans sa palpitation et son infinie diversité. Le dernier recueil de Dominique Zinenberg est de ceux qui nous enchantent comme Papageno, l'oiseleur. Toute apparition y scintille de sa fragilité même, de son inévitable et prochaine éclipse. Pourquoi ce miracle que ne laisserait pas supposer le titre général du recueil, Carnet d'incertitudes, ni sa dédicace à un ami disparu, ni aucun titre des trois sections : « Précarité des lignes », « Labilité des signes », « Porosité des traces » ? À moins que justement ces titres, tristes et magnifiques, n'aient absorbé la mélancolie, voire la tragédie du monde, pour libérer les poèmes qu'ils enclosent non de toute inquiétude, mais de toute mièvrerie chagrine.... ...Aucune apparente sophistication. Dominique Zinenberg n'est pas de ces penseurs qui s'affichent avec leur plume, leur page blanche, leur écran vide. C'est en marge des textes qu'elle nous renseigne brièvement sur la genèse de certaines parties et sur le travail accompli, suggérant par exemple la virtuosité rhétorique de ces quintils « avec pour contrainte l'introduction des mots de la famille d'éphémère et d'éternel » qui figurent parmi les poèmes les plus denses et les plus inspirés. C'est en marge encore que nous apprenons la source d' « Abimes et cimes de papier » : des sculptures de Marc Touret qui déclenchent une veine presque truculente pour dénoncer l'anthropocène - car la terre même et la nature tant aimées pourraient aussi disparaître et s'effacer à jamais, menacées par l'arrogance humaine... »