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Mort en novembre 1922, Marcel Proust n'a pas eu le temps de connaître la gloire universelle qui s'attache désormais à son oeuvre.Seuls quelques critiques, ainsi qu'une petite cohorte d'amateurs éclairés, voyaient déjà dans A la recherche du temps perdu le monument littéraire du siècle. Parmi ces enthousiastes de la première heure, la jeune Jacques Benoist-Méchin. Ce fut à la demande de l'écrivain allemand Ernst Robert Curtius, lui aussi admirateur de Proust, que Benoist-Méchin écrivit à l'auteur des Jeunes Filles en fleurs pour lui demander d'autoriser une traduction, au moins partielle, de ses livres en allemand. Une visite s'ensuivit, extraordinaire rencontre que fit le jeune homme de l'écrivain allongé dans un salon privé du Ritz, auquel une lampe rose donnait l'aspect d'une grotte marine. Et Marcel Proust, au cours de cet entretien, non seulement accepta qu'on effectuât la traduction, non seulement posa mille questions à son interlocuteur ébloui, mais suggéra à celui-ci d'écrire un essai sur La Musique du Temps perdu ... Ce que fit Benoist-Méchin l'année suivante - d'abord avec incertitude et angoisse, pour finir avec une étonnante maitrise.Aujourd'hui, c'est cet essai, rédigé voilà cinquante ans et devenu introuvable, qu´iI nous livre. Pages à la fois profondes et ferventes, et d'autant plus remarquables si l'on songe à ce qu'elles représentaient d'originalité et de prescience, pour un jeune homme de cet âge. En même temps, Benoist-Méchin cite les lettres inédites que lui adressa Marcel Proust, raconte le détail des circonstances qui marquèrent sa mémorable entrevue avec lui, et enfin nous fait découvrir tout ce qu'il puise encore dans ce souvenir, autant que dans une oeuvre qui n'a cessé de poursuivre son itinéraire à l´intérieur de sa conscience. Une oeuvre, dit-il, "indissolublement liée aux élans, aux émotions et aux enthousiasmes de ma jeunesse".