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Dans ce coin de Silésie, la société se partageait entre les miséreux alcooliques et les travailleurshonnêtes. Le père du vieux K. avait choisi son camp, il avait construit à la force du poignet unemaison à deux étages pour sa famille : les fils grandiraient, la fille se marierait, chacun aurait sonlogement, et le rez-de-chaussée serait pour les domestiques.La guerre vint tout bouleverser, prélever sa dîme de soldats morts au combat parmi les hommes,ébranler les rêves de confort bourgeois des femmes, et contraindre la famille à vendre le rez-dechausséeà des étrangers.Le vieux K. épousa une femme de Silésie, eut un fils qu'il éduqua à la dure, fort des principestransmis de génération en génération, et se mit à le battre, bannissant à tout jamais l'harmonie dela maison.Le fils du vieux K. prit un jour la plume pour tout raconter : les vies manquées de ses oncles ettantes, la soupe au seigle, les coups et les adages du père, les maladies soignées à l'eau salée, leséjour en sanatorium, bref toute la misère humaine qu'il devait subir. Il découvrit alors que toute ladétresse qui le faisait souffrir le construisait aussi, qu'il lui fallait accepter cette part de lui-mêmes'il ne voulait pas sombrer, creusé de l'intérieur par les souvenirs. Son identité n'était pas le fruitdu hasard, toute une histoire familiale l'avait précédé, dont il avait naturellement hérité sa part.