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« Al Wahem (« L'Illusion ») » marque une déclaration concentrée du duo suisse libanais PRAED, composé de Raed Yassin et Paed Conca, enregistrée entre Beyrouth et Berlin. L'album réinvente le shaabi égyptien à travers l'électronique, l'improvisation et les textures brutes de la rue. Chaque morceau explore la construction progressive du son : dual-drum, clarinettes, basses et interventions vocales s'entrelacent dans des grooves hypnotiques. Les titres jouent sur l'équilibre entre espace et densité, entre sons acoustiques et traitements électroniques. Al Wahem montre PRAED maîtrisant et réinterprétant leur langage musical avec précision et intention.Le morceau-titre, d'une durée de vingt minutes, donne le ton. Une base rythmique à deux batteries, parfaitement imbriquée, signée Pascal Semerdjian et Ayman Zebdawi, structure une oeuvre qui se déploie progressivement : des motifs de synthétiseur s'étendent, des lignes de clarinette et de basse servent de repères internes, et de brefs appels vocaux de Yassin et de la chanteuse invitée Mayssa Jallad s'intègrent à la texture sans la dominer. Le langage sonore shabi de PRAED est bien présent, mais le duo l'étend, créant tension et mouvement par une accumulation patiente.« Al Hathayan », à 4 min 47, resserre l'attention. La clarinette de Conca oscille entre arcs mélodiques et gestes rythmiques saccadés, se mêlant à des boucles électroniques qui apparaissent et disparaissent. Les percussions de Zebdawi ajoutent une dimension brute et tactile, faisant dialoguer directement motifs acoustiques et électronique. Ce morceau fait office de pont entre les deux compositions longues de l'album.La face B s'ouvre sur « Al Maraya », un morceau de treize minutes qui repose sur l'interaction entre l'électronique, la basse et la clarinette. L'atmosphère évoque l'ampleur du PRAED Orchestra!, tout en restant ancrée dans les fondements rythmiques du duo. Plutôt que de créer une masse sonore, la superposition des sons crée une impression de profondeur, comme si de nouveaux espaces s'ouvraient au sein du groove.L'album se clôt sur « Assarab », avec la participation du claviériste Amr Said. Semerdjian et Zebdawi forment à nouveau un double axe percussif, tandis que les synthétiseurs oscillent entre mélodie et pulsation, et que les thèmes se répètent en cercles concentriques plutôt qu'en construction verticale. C'est dans cette frontière poreuse entre sources électroniques et acoustiques - une clarinette traitée prise pour un séquenceur, des figures rythmiques jaillissant d'une batterie acoustique - que le thème de l'« illusion » se manifeste le plus clairement.Al Wahem s'inscrit dans un long parcours : des débuts sur Annihaya, une apparition marquante sur Ruptured Sessions Vol. 5 - Live at Radio Lebanon (2013), albums ultérieurs chez Akuphone, et l'enregistrement avec le PRAED Orchestra! sur Morphine Records. Cette nouvelle collaboration Ruptured/Annihaya ramène le duo à un format plus concis, réorganisant leurs morceaux familiers avec une clarté et une intention renouvelées.