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Vichy a-t-il sauvé des juifs ?1) Le paradoxe français Comment expliquer la distorsion entre la politique de collaboration active de Vichy et la relative faiblesse des résultats de la solution finale en France : 75 % des Français juifs ayant finalement échappé à la Shoah (à comparer, par exemple, avec les Pays-Bas où la proportion est exactement inverse) ? C'est le paradoxe français.2) Vichy ou les Français A ce paradoxe, l'historiographie dominante, fixée notamment par les travaux de Serge Klarsfeld, répond que Vichy a contribué efficacement à la perte d'un quart des Juifs de France mais que les Français ont puissamment aidé au salut des trois quarts des Juifs de France. Idée reprise pas le président Jacques Chirac le 16 juillet 1995 dans son discours au Vélodrome d'hiver : « Elle (la France) est présente, une et indivisible, dans le coeur de ces Français, ces « Justes parmi les nations » qui, au plus noir de la tourmente, en sauvant au péril de leur vie, comme l'écrit Serge Klarsfeld, les trois quarts de la communauté juive résidant en France, ont donné vie à ce qu'elle a de meilleur. » 3) Le culte des justes de France Cette réponse pose un double problème. Sur le plan historique, elle ne rend pas compte d'une réalité par définition complexe. Et, de fait, la chronologie et les statistiques n'y trouvent pas leur compte. Sur le plan de la mémoire, elle a conduit les politiques comme les médias, à donner une image déformée de l'attitude de la population française pendant cette période, opposant une toute petite minorité de collaborateurs complices à une immense majorité de Français sauveteurs connus ou inconnus.4) Des Français mais aussi Vichy Pour sortir de l'impasse, l'auteur propose de relire l'application de la solution finale en France à l'aune du double antisémitisme véhiculé par Vichy qui débouche sur une différence de traitement entre les juifs étrangers et les juifs français. Là se trouve l'explication du paradoxe français que le grand historien de la Shoah, Raul Hilberg avait pressenti : « Le gouvernement de Vichy tenta de maintenir le processus de destruction à l'intérieur de certaines limites. Dans une grande mesure, cette stratégie a réussi. En livrant une part, on sauva une grande partie de l'ensemble. » (La destruction des Juifs d'Europe, Fayard, 1988).Rabbin, enseignant l'histoire de la Shoah depuis près de trente ans, l'auteur n'a évidemment aucune intention de réhabiliter Pétain et ses complices. Il cherche à cerner la vérité historique au plus près, pour comprendre - et faire comprendre - l'attitude des Français face à la tragédie vécue par le peuple juif.