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La fiction est pour Antoine Dufeu un moyen d'investigation sur l'état du monde. Elle lui permet, texte après texte, d'en déployer la complexité mouvante. Le roman se fait ici enquête : géopolitique et sociétale dans Sofia-Abeba, économique dans MZR. Dans le premier, une adolescente bulgare née en Éthiopie raconte sa vie quotidienne à Sofia à la fin des années 1980 et se faisant parle de la France, de l'Afrique, de l'Europe de l'Est, de la présence russe (le mur de Berlin n'est pas encore tombé), de l'Amérique du Sud (une de ses meilleures amies est originaire de Cuba), mais aussi de l'argent, du passé soviétique, des touristes sur les plages de la Mer Noire et de l'attrait qu'exercent sur elle les mégapoles occidentales et asiatiques. Une image du monde prend forme parles ombres portées sur l'imaginaire d'une adolescente née en Afrique et vivant en Europe. Dans le second, rejouant les trajets de Léon Trotski dirigeant l'Armée rouge depuis son train, l'auteur ajoute un appendice aux mémoires de Jérôme Kerviel, le trader désormais retraité qui en 2008 fit perdre 4,9 milliards d'euros à la Société Générale. Cette analogie ferroviaire produit un effet d'enjambement stupéfiant entre communisme et capitalisme, saisis depuis leur pratique commune, celle de la guerre, économique et militaire. Ces deux fictions s'inscrivent dans un projet plus vaste intitulé Les nouvelles du globe, qui explore la forme du journal intime à travers sa capacité à enregistrer les mouvements les plus infimes de notre globe, ceux qui affectent les psychés contemporaines.Nous avons choisi de publier, avant MZR, le texte de Léon Trotski qui l'a inspiré : « Le train », chapitre 34 de Ma Vie, ses mémoires (dans la traduction de Maurice Parijanine, telle qu'elle a été publiée par les éditions Rieder en 1930).