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Telles les chauves-souris de La Fontaine, mi-oiseaux, mi-rongeurs, les services publics français (EDF, SNCF, La Poste, RATP...) jouent et gagnent sur les deux tableaux : celui du monopole d'Etat en France, et celui de la concurrence et des marchés en Europe. Un double jeu qui risque cependant d'être mortel. Depuis dix ans, les gouvernements français successifs, toutes tendances confondues, ont voté à Bruxelles - dans la plus grande discrétion et tout en essayant d'en bloquer les effets dans l'hexagone - la libéralisation de l'énergie d'abord, celle de la poste ensuite, puis récemment celle encore des transports ferroviaires et urbains. Or, de tels votes mettent en marche un rouleau compresseur : si Air France et France Télécom s'en sont remises, l'une et l'autre ont bien failli disparaître. En jouant l'autruche et en se cachant à lui-même la réalité des défis qui les attendent, l'Etat met en péril nos champions nationaux. Il conduit EDF à brader l'électricité à un prix qui l'empêche d'investir dans les sources d'énergies renouvelables. Il laisse s'écrouler le fret ferroviaire. Il handicape La Poste par un statut hors d'âge. L'Etat joue encore un autre double jeu lorsqu'il laisse les services publics se dégrader, tout en agitant l'alibi (l'épouvantail ?) européen. Parce que l'Europe n'impose ni de fermer des bureaux de poste, ni de supprimer des liaisons ferroviaires, ni de procéder à des coupures de gaz ou d'électricité pour les personnes en difficulté, chaque Etat est libre de faire plus que le socle minimum prévu. Encore faut-il - et c'est toute la difficulté pour nos gouvernements - qu'il le veuille. Notre fameux « modèle français » pourrait alors être sauvé.