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Dans la discographie de Morphine, Cure for Pain (1993) occupe la place du moment où le groupe cesse d’être une curiosité pour devenir une nécessité. Après Good, qui posait les briques du son “low rock”, cet album impose une architecture entière : un temple nocturne, minimaliste, sculpté dans la fumée et les basses vibrations. Mark Sandman, toujours armé de sa basse à deux cordes, ne chante pas : il incante. Et le sax baryton de Dana Colley, ici plus ample, plus fiévreux, joue le rôle d’un narrateur parallèle, comme si chaque morceau avait son propre double fantomatique.
Cure for Pain a le statut de classique absolu du groupe, celui que l’on tend à quelqu’un pour dire “voilà, Morphine, c’est ça”. “Buena” avance comme un fauve urbain, “All Wrong” claque avec une élégance fatiguée, et le morceau-titre, quasi liturgie laïque, transforme la douleur en groove fataliste. Le trio parvient à créer plus d’espace émotionnel avec trois instruments que d’autres avec un orchestre entier : ici, le silence est aussi important que les notes.
FACE A A1. Dawna A2. Buena A3. I'm Free Now A4. All Wrong A5. Candy A6. A Head With Wings A7. In Spite Of Me FACE B B1. Thursday B2. Cure For Pain B3. Mary Won't You Call My Name? B4. Let's Take A Trip Together B5. Sheila B6. Miles Davis' Funeral