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Le 6 avril 1327, Francesco Petrarca, un poète italien de 22 ans, aperçut dans une église d'Avignon une jeune femme nommée Laure. Il raconta plus tard que « des étincelles de vie jaillissaient de deux beaux yeux ». Ces étincelles enflammèrent Pétrarque au point qu'il consacra le reste de son illustre carrière à les apprivoiser. Au XVIe siècle, Adrian Willaert et Cipriano de Rore développèrent les madrigaux, s'inspirant des images poignantes de Pétrarque pour transgresser les règles qui guidaient les musiciens depuis l'Antiquité. Sept siècles plus tard, ces mêmes étincelles inspirent Katharina Rosenberger. Son oeuvre « tempi agitate » intègre les textes de Pétrarque (notamment des fragments de son « Ascension du mont Ventoso ») et des mises en musique de sonnets par Willaert et Rore à sa propre interprétation de ces matériaux. Lors de ses performances en direct, Rosenberger collabore avec le metteur en scène Ludger Engels pour répartir les membres de l'ensemble Neue Vocalsolisten dans l'espace sonore ; ils se déplacent avec agilité, incarnant ainsi le « vive faville » de Pétrarque. Si l'enregistrement sonore est dépourvu de la dimension visuelle essentielle au concept de Rosenberger, il permet à l'auditeur d'apprécier plus pleinement la richesse de sa palette sonore, tandis qu'elle fait dialoguer la poésie de Pétrarque (XIVe siècle) et les madrigaux du XVIe siècle avec ses techniques vocales étendues. Parfois, les chanteurs fusionnent en échantillons polyphoniques complets avant de revenir aux techniques vocales étendues dont ils étaient issus. Parfois, enfin, le madrigal lui-même apparaît, intact. Rosenberger simule ainsi la difficulté qu'éprouve Pétrarque à exprimer de manière cohérente ses réactions au regard de Laure. Ces étincelles vivantes ont enflammé des milliers d'âmes : le regard de Laure a poussé Pétrarque aux sommets de la perfection formelle dans ses sonnets, et a conduit les madrigalistes à imaginer des univers sonores bien au-delà des préceptes stylistiques hérités. Enfin, il a inspiré Rosenberger à repousser les limites de la technique vocale habituelle, à proposer des simulations non seulement des moments de lucidité de Pétrarque, mais aussi de ceux où il s'efforçait de trouver les outils nécessaires pour exprimer le chaos qui régnait en lui.