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On pourrait, transposant la phrase de Valéry que Pierre Leyris aimait à citer : " Un lion, c'est du mouton assimilé ",voir dans l'assemblage des notes qui vont suivre la matière d'une vie resongée, éclairée dans ses différents âges et jetée par fragments sur le papier par un homme conscient qu'elle allait, bientôt, toucher à sa fin.On ne s'étonnera donc pas que ce texte, à plusieurs égards singulier, semble au premier abord se dérober aux catégories habituelles : s'agit-il d'un journal, de mémoires, d'un recueil de souvenirs et de réflexions mêlés ?Ces ruminations d'un petit clerc à l'usage de ses frères humains et des vers légataires forment tout ensemble un journal sans dates et la chronique parfois inquiète, d'autres fois émerveillée, de ce journal en train de s'écrire.Au moins autant que l'intérêt documentaire d'un témoignage sur une époque où l'on pouvait encore tomber sur des Picasso première manière négligemment posés sur un trottoir, et qui nous fait tour à tour pénétrer dans l'atelier de Braque, pousser la porte de la librairie d'Adrienne Monnier, rue de l'Odéon, ou celle du bureau de Paulhan à la NRF, c'est la justesse et l'acuité de l'introspection qui retiennent, lorsque celle-ci devient capable d'enregistrer à la façon d'un sismographe les mouvements et étiages successifs d'un esprit au travail qui se souvient, se projette et s'interroge.Aussi écartelé qu'il ait pu être, selon les jours, entre l'instinct du " vouloir-vivre " et les progrès de ce que l'auteur savait être, pour reprendre ses termes, son " vers-la-mort ". Gilles Ortlieb