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Né en 1950, Raymond Bozier vit à La Rochelle. Il a publié des poèmes, des récits et animé la revue littéraire Cargo. Le Prix du premier roman lui a été décerné en 1997 pour Lieu-dit, paru chez Calmann-Lévy. Raymond Bozier compose régulièrement des séries de textes brefs, sortes d'instantanés poétiques où il cadre avant de les fixer sur le papier d'infimes paysages - choses vues ou projections privées - dont il étudie ensuite le défilé, comme sur une planche de contact, avant de sélectionner ceux qui lui semblent porteurs d'une ombre seconde, tangente ou parallèle à la réalité. On verra se succéder dans Bords de mer les clichés qu'il a voulu préserver. Et l'on sera sans doute frappé par leur économie, leur objectivité sans froideur, leur capacité à isoler et à restituer, chargés d'une autre intensité, les fragments désordonnés du monde ainsi captés. Cette recherche d'un poème tendu et condensé fait parfois songer à Follain, à Tortel, ou à certaines pages réalistes et distantes que publiaient au début des années 30 les objectivistes américains. C'est qu'elle s'appuie à leur instar sur une conception matérialiste, désenchantée mais rigoureusement appliquée du travail poétique. Un «nocturne industriel» inséré au coeur de l'ouvrage vient d'ailleurs nous rappeler que ces images n'ont rien de désincarné, qu'elles s'inscrivent au contraire dans une critique du réel que le poème «tolère» sans en accepter la violence, la sourde inhumanité.